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BCE : Faire face à l'incertitude géopolitique et les risques d'inflation
information fournie par TRIBUNE LIBRE 28/04/2026 à 15:35

Le siège de la BCE, à Francfort. (crédit : BCE)

Le siège de la BCE, à Francfort. (crédit : BCE)

Par Claudia Fontanive-Wyss, Gérante de Portefeuille chez Vontobel


La Banque centrale européenne (BCE) a récemment reconnu que le conflit en cours constitue un risque majeur, mais elle n'a pas inversé sa stratégie monétaire. À la place, la BCE a adopté une posture plus réactive et fondée sur les données, suspendant la trajectoire de normalisation de sa politique plutôt que de la renverser. Face à des perspectives économiques plus faibles, il est peu probable que de nouvelles hausses de taux aient lieu.

Il est attendu que la BCE maintienne sa position actuelle, en utilisant une rhétorique restrictive afin de préserver sa flexibilité et d'éviter une action prématurée. La présidente Lagarde a mis l'accent sur la “gradualité” et “l'optionnalité” dans les communications de la BCE, avec l'objectif d'éviter que la banque ne soit distancée tout en protégeant la croissance économique.

L'inflation demeure la priorité centrale de la BCE pour les prochaines réunions. La stabilité des prix est son mandat principal et, avec des anticipations d'inflation bien ancrées — comme le reflètent les mesures de marché telles que le 5Y5Y —, il est probable que la BCE s'abstienne de relever les taux.

Les décideurs surveillent l'inflation globale et sous-jacente, la croissance salariale, l'impact des prix de production ainsi que les attentes fondées sur les enquêtes et sur le marché. Ces éléments sont clés, car les prix de l'énergie et des denrées alimentaires sont particulièrement vulnérables au conflit.

Bien que l'inflation soit prioritaire, la BCE observe également la croissance, l'emploi et d'autres objectifs sociaux plus larges, étroitement liés à ses buts de stabilité des prix. Les dernières projections du personnel indiquent une croissance médiocre, renforçant la nécessité d'agir avec prudence.

La durée du conflit aura une influence significative sur les perspectives économiques de l'Europe. En cas de résolution rapide, les prix de l'énergie pourraient retomber à environ 80 USD le baril, les perturbations des chaînes d'approvisionnement seraient atténuées et la croissance pourrait s'accélérer, bien que sur une base inférieure à celle initialement prévue pour 2026.

Les pressions inflationnistes devraient se modérer et les écarts de crédit européens, qui se sont élargis en raison de l'incertitude, devraient se réduire. Les obligations d'entreprise se sont en grande partie redressées jusqu'aux niveaux d'avant-guerre, même si les écarts restent plus larges que les minima de janvier. Si le conflit persiste, les prix élevés de l'énergie obligeraient l'Europe à s'adapter par une augmentation des importations de GNL et une compression de la demande.

La croissance stagnerait, mais la récession pourrait être évitée et les fondamentaux du crédit resteraient solides. La BCE maintiendrait ses politiques stables et continuerait de surveiller la situation. Une escalade grave — actuellement non anticipée par les marchés — pousserait l'inflation au-dessus des objectifs à moyen terme, ce qui pourrait contraindre la BCE à durcir sa politique au milieu d'une faiblesse économique, affectant les secteurs énergivores et les économies les plus vulnérables.

Pour 2026, il est peu probable que la BCE relève ses taux dans les conditions actuelles. Le scénario central prévoit un ou deux baisses de taux dans la seconde moitié de 2026, à condition que des preuves claires montrent que l'inflation converge vers l'objectif de 2 % et que les perspectives de croissance se stabilisent. Toute baisse ne se produirait probablement qu'après confirmation des progrès par les données, ce qui rend le début de 2026 trop précoce pour de tels mouvements.

La BCE pourrait recourir à son Instrument de Protection de la Transmission (TPI) si les écarts de dette souveraine s'élargissent, la France et l'Italie étant les pays les plus à risque en raison de leurs déficits budgétaires et de leurs vulnérabilités économiques. La France fait face à une incertitude politique et à une faible confiance des entreprises, tandis que la dépendance énergétique de l'Italie et la faiblesse de ses exportations la rendent vulnérable aux chocs externes.

Si l'inflation augmente, les outils de la BCE restent monétaires, incluant la QE, la QT, le TPI et les TLTRO, mais elle ne dispose pas de pouvoirs fiscaux directs. Cependant, les gouvernements nationaux ont montré une plus grande volonté fiscale, comme en témoigne le consensus sur le réarmement lors du sommet de Bruxelles en février 2025 et les initiatives renouvelées de souveraineté énergétique. Ce plus grand activisme fiscal soutient une reprise coordonnée et allège la charge de la politique monétaire. La BCE a exhorté les gouvernements à suivre le rapport de compétitivité de Draghi pour des réformes structurelles et fiscales, et l'élan pour ces réformes est plus fort qu'il y a deux ans.

En résumé, l'approche prudente et fondée sur les données de la BCE, soutenue par une communication soignée et une meilleure coordination fiscale, est adaptée à l'environnement actuel. La flexibilité et la capacité à répondre aux risques changeants seront essentielles alors que les décideurs œuvrent à maintenir la stabilité et à soutenir la reprise européenne tout au long de 2026.

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